
Traversée chromatique — Forêt de Saint-Germain-en-Laye, Tram T13
Éclairer un milieu vivant sans l’altérer
Pensée comme une expérience nocturne à part entière, la traversée forestière du tram T13 dans la forêt de Saint-Germain-en-Laye propose une autre manière d’aborder l’éclairage d’infrastructure, fondée sur la retenue, la précision et le respect profond du site.
Située au cœur d’un massif forestier classé, cette séquence de cinq kilomètres posait un enjeu délicat : assurer la sécurité des usagers tout en préservant l’intégrité d’un écosystème nocturne sensible. Le parti pris d’Atelier dada a consisté à n’éclairer que ce qui est strictement nécessaire, sans débordement ni mise en scène superflue, afin de maintenir l’obscurité naturelle de la forêt et de limiter au maximum l’empreinte lumineuse de l’infrastructure.
Cet objectif écologique a guidé le projet dès l’origine. Il s’inscrit dans un contexte où les connaissances scientifiques actuellement mobilisées pour guider ce type de projet restent encore partielles et appellent à être approfondies dans des conditions d’observation plus larges. Certaines recherches ont permis de mieux comprendre des effets spécifiques, mais elles ne suffisent pas encore à fonder des réponses pleinement ajustées à des situations complexes, où usages, milieux vivants et continuité territoriale s’entrelacent.
C’est dans cette perspective que le projet introduit une hypothèse plus rare dans le champ de l’éclairage public : faire de la lumière un outil de traversée progressive, capable à la fois d’accompagner le déplacement, de ménager l’adaptation visuelle nocturne et d’ouvrir un champ d’observation à l’échelle réelle sur les interactions entre différents spectres lumineux et l’écosystème forestier.
La mise en lumière se déploie ainsi comme une traversée chromatique construite en séquences. Le tronçon forestier s’inscrit entre deux zones urbaines mixtes traversées par le tram avant son entrée dans la forêt puis après sa sortie. C’est dans le prolongement de ces séquences urbaines que le 3000 K s’impose, selon le cadre fixé par la maîtrise d’ouvrage. À l’intérieur de la forêt, la traversée glisse vers une composition spectrale plus chaude et plus resserrée, par paliers identifiables de 2200 K, 2000 K et 1800 K, auxquels s’ajoutent deux séquences monochromatiques, l’une en ambre, l’autre en rouge.
Ce découpage spectral précis compose une traversée à la fois sensible, lisible et rigoureuse. Si l’attention portée à l’esthétique participe pleinement de la démarche d’Atelier dada, elle s’articule ici à une recherche de conditions différenciées, comparables et observables dans la durée.
Chaque séquence constitue une ambiance de perception pour l’usager, mais aussi, potentiellement, un cas d’étude distinct pour les chercheurs. Par son échelle, sa continuité et la diversité de ses spectres, la traversée devient un champ expérimental particulièrement riche pour approfondir la connaissance des effets de la lumière sur le vivant en milieu forestier.
Cette approche a également conduit à remettre en question plusieurs réflexes encore courants dans l’éclairage d’infrastructure, fondés sur des hauteurs importantes, des niveaux lumineux généreux ou des dispositifs de variation trop démonstratifs. Le projet a au contraire cherché une réponse plus située : abaisser l’échelle du mobilier, resserrer strictement l’émission sur la voirie, adopter une composition spectrale très chaude, maîtriser le niveau d’éclairement et son uniformité, et privilégier une continuité perceptive calme, plus compatible avec la sensibilité nocturne du site.
Le projet permet ainsi d’envisager des observations portant non seulement sur des effets ponctuels, mais aussi sur des phénomènes liés à la durée du déplacement, à l’adaptation progressive de l’œil, à la relation entre lumière et obscurité, ainsi qu’aux réponses possibles de différentes composantes de l’écosystème selon les spectres traversés.
Cette adaptation visuelle peut se lire à deux échelles distinctes : celle, rapide, de l’usager traversant la forêt en tram, dont la perception se transforme continuellement au fil du parcours, et celle, plus lente, du chercheur observant à pied, en dehors des horaires d’exploitation du tram et sous réserve d’autorisation de la maîtrise d’ouvrage, pouvant s’attarder dans chaque séquence lumineuse et en analyser plus finement les effets. Le projet tisse ainsi un lien entre usage, perception et recherche au sein d’un même dispositif lumineux, avec l’ambition de contribuer, dans le temps, à des approches écologiques plus nuancées et mieux fondées.
Le dispositif repose sur une borne lumineuse conçue spécifiquement pour ce projet. Son optique très asymétrique éclaire strictement la largeur de la voirie, sans diffusion vers les sous-bois, garantissant une émission lumineuse maîtrisée et la préservation de l’obscurité environnante. Sa hauteur contenue et son expression sobre permettent au mobilier de s’effacer au profit du paysage.
Au-delà de sa fonction opérationnelle, cette traversée forestière affirme qu’une infrastructure de mobilité peut devenir un lieu d’intelligence lumineuse : un dispositif capable de concilier sécurité, discrétion, expérience spatiale et contribution active à une meilleure compréhension des éclairages écologiques et de leurs effets à long terme sur les milieux naturels.
Projet conçu en 2019.
Phase de réalisation en cours (2026).
Vidéo de fond intégrée depuis YouTube : « Douze Mois - La forêt enchantée (1980) (VF) ». Source : YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=PiFhSVUU8s4




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